Survivre à tout prix ? Essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes

"Survivants à leur déportation, un certain nombre de militants communistes rentrent en Belgique mi-1945. Le Parti leur demande alors de relater les circonstances de leur arrestation, leur conduite durant les interrogatoires (parfois accompagnés de séances de torture à Breendonk) et leur conduite dans les camps. Le présupposé implicite de la reddition de compte exigée est que leur survie les rend suspects de trahison. Ont-ils respecté durant leur interrogatoire la consigne de silence total prescrite par le code du militant illégal ? Ont-ils au contraire sacrifié leur honneur à leur survie ? Mais qu’est-ce que cette "morale de l’honneur" à laquelle tant leurs juges à la Commission Central de Contrôle du PCB que les militants eux-mêmes se réfèrent fréquemment ? Est-ce ce même honneur dont parlait Montesquieu ? Est-ce le même honneur au nom duquel des crimes sont commis et que le code pénal belge considère comme une circonstance aggravante ?" ( J.-M. Chaumont )

Cette recherche pionnière a notamment été rendue possible par l’exploration systématique des dossiers constitués par le PCB à la libération et conservés au CArCoB, ouverts pour la première fois totalement à un chercheur, tout en respectant l’anonymat des personnes.

Pendant des millénaires, il fut attendu des victimes confrontées à des circonstances extrêmes que leurs conduites se conforment à des codes d’honneur terriblement exigeants. A-t-il trahi les siens celui qui a survécu à la torture ? A-t-elle trop facilement cédé celle qui a connu le viol ? Ces survivants suspects ont-ils sacrifié leur honneur à leur survie ? Questions traumatisantes, disent certains. Questions pourtant posées avec une surprenante récurrence pendant des siècles et des siècles, comme l’explique Jean-Michel Chaumont.
Or, depuis quelques décennies, dans les sociétés occidentales, ces codes d’honneur sont frontalement contestés, et sont même perçus comme d’intolérables blâmes adressés aux victimes. Si tout le monde s’accorde à reconnaître le progrès moral que cette critique fait advenir dans le cas du viol (la morale n’attend plus que la femme victime se justifie de son comportement), elle tend à promouvoir une éthique de la survie à n’importe quel prix dans les situations de péril extrême. Ce livre ambitieux reconstruit les critères qui ont pu départager les conduites honorables et les conduites déshonorantes, et montre, archives à l’appui, qu’il y a peu encore ces critères furent appliqués à des résistants communistes et aux victimes de la Shoah, en particulier les membres des Sonderkommandos. Il signale les évolutions considérables de nos sensibilités morales et pointe les régressions associées au risque d’un « chacun pour soi » décomplexé.
Si la trahison devenait la norme implicite, si l’éthique de la survie devait passer avant celle de l’honneur, et de la fidélité aux siens, ne serait-il pas à craindre que le jour venu, face à l’extrême, nous ne perdions nos âmes ?

Jean-Michel Chaumont est chercheur au FNRS et professeur à l’UCL. Il est notamment l’auteur de La concurrence des victimes : génocides, identité, reconnaissance, Paris, Éditions la Découverte, 1997 ; et Le mythe de la traite des Blanches : enquête sur la fabrication d’un fléau, Paris, la Découverte, 2009.

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Table des matières (pdf)
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Introduction générale (pdf)
  • Auteur : Jean-Michel Chaumont
  • Editeur : La découverte
  • Date parution : 2017
  • Nombre de pages : 397
  • Collection : Sciences humaines
  • Prix : 29,00 EUR (Frais de port non compris)
  • Référence : 9782707197412

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