L’eurocommunisme en Belgique : crises et débats autour d’une voie belge au socialisme (1954-1982)

L’eurocommunisme fut l’une des dernières tentatives de révision du communisme. Dans le courant des années septante, alors que les dictatures tombaient en Espagne ou au Portugal et que la crise économique couvait, plusieurs partis communistes occidentaux tentèrent de se démarquer du "modèle" soviétique devenu presque un anti-modèle depuis la dénonciation des crimes de Staline, l’intervention armée à Prague ou le développement de la dissidence. C’était bien l’identité du communisme qui était en jeu puisqu’il s’agissait de trouver la voie ténue entre le socialisme tel qu’il s’était réalisé dans les pays de l’Est et la social-démocratie, longtemps vouée aux gémonies.

Les communistes italiens, français et espagnols adoptèrent rapidement le terme symbolique d’eurocommunisme pour signifier leur volonté de se différencier. Le PCB, plus modeste par sa taille et son influence, se montra plus prudent, plus circonspect compte tenu des événements qui émaillèrent son histoire propre : élimination d’une direction jugée trop sectaire en 1954, inscription dans les grandes grèves de 1960 et 1961, forte dissidence marxiste-léniniste et pro-chinoise en 1962, crispation entre orthodoxes et rénovateurs en 1968 furent autant de facteurs marquants. Le parti belge finit bien par se rallier à l’eurocommunisme, au terme de nombreuses circonvolutions et hésitations amis quelle était encore la pertinence d’une recherche de l’équilibre entre la nature internationaliste et l’inscription dans les communautés nationales ?

 

Y eut-il jamais une voie belge au socialisme ? Ceux qui cherchaient le trésor ont-ils raté l’embranchement ?
En d’autres termes, l’eurocommunisme fut-il la grande occasion manquée d’adapter aux conditions d’un pays occidental développé la doctrine qui avait enflammé les bolcheviks russes ou les communistes chinois alors que ces modèles avaient manifestement échoué sur la grève des utopies déviées et dévoré leurs propres enfants ?
Dans ce pays particulier, la Belgique, aux structures sociales et politiques bien ancrées dans des traditions et des institutions réputées alors à toute épreuve, le communisme fut un acteur réel mais ponctuel de l’histoire. Il a, dans la période envisagée, ébauché une perspective qui coïncidait précisément à la perte de légitimité et d’inspiration de ces piliers traditionnels. Face à l’ultra-libéralisme, au socialisme gestionnaire et à la décléricalisation des masses chrétiennes, une redistribution des cartes semblait possible, que concrétiseront ultérieurement les partis régionalistes, l’écologie politique, et dans ses dernières manifestations, le grand chambardement des appellations et regroupements sans idéologie.
Comment cette nouvelle offre politique, portée momentanément par une vague internationale, ne réussit-elle pas à trouver preneur dans les conditions particulières de la Belgique, laboratoire politique qui vit naître et prospérer à partir des années 70 des initiatives inattendues. (...)

Extrait de l’Avant-propos, par José Gotovitch

 
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Avant-propos, par José Gotovitch (pdf)
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Table des matières (pdf)
 
  • Auteur : Nicolas Naif
  • Editeur : Bruxelles : Éditions du CArCoB; Bruxelles : Centre d'Histoire et de Sociologie des Gauches
  • Date parution : 2004
  • Nombre de pages : 356
  • Collection : Travaux historiques
  • Prix : 23,00 EUR (Frais de port non compris)
  • Référence : 2-87188-008-5

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